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  • : LES NAUFRAGEURS DE SAINTONGE
  • LES NAUFRAGEURS DE SAINTONGE
  • : En mer comme dans l'air, l'amer est un point de repère. Ainsi, ce blog pourra indiquer une direction aux navigateurs perdus. Mais attention aux naufrageurs (qui ne sont pas tous des lumières) et qui agitent, sans… fard, leurs lanternes dans la nuit. Ici, aucun sujet n’est exclu a priori. On pourra parler politique, littérature, musique, sport, déconnade… mais aussi spécificités régionales — voire locales — ne surprenant personne dans ce coin de terre nommé Saintonge Maritime.
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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 09:59

 

4341312291_d9e1948941.jpg"Je suis le maître de mon destin,

Le capitaine de mon âme."
Le poème est de William Ernest Henley, et il prête son titre à celui du dernier film de Clint Eastwood : INVICTUS (invaincu, invincible). Tout ou presque a été dit sur celui qui a été marqué au fer rouge de "Dirty Harry". Même avec le temps, l'étiquette "facho" ne semble pas vouloir se décoller. Et pourtant, au fil de monuments cinématographiques indiscutables, Clint Eastwood a tout fait pour affirmer sa conception humaniste du monde. Quelques titres suffisent à le rappeler : Sur la route de Madison (récemment diffusé sur FR3), Impitoyable, BirdMillion dollar baby et tant d'autres. Même certains épisodes des "exploits" de l'inspecteur Harry Callahan méritent le détour et une analyse plus nuancée des idées qui y sont véhiculées. Mais c'est incontestable, le personnage agace. Et pour ceux qui l'aiment, Clint pas Harry, c'est tant mieux. L'ambiguïté est toujours un ressort dramatique puissant.
Avec
Gran Torino, Eastwood remettait pas mal de pendules à l'heure, nous livrant ce que beaucoup ont considéré comme son testament. Il incarnait un personnage qui était, au début, sa propre caricature de vieux con mégalo telle qu'une partie de la presse bien-pensante la véhicule. Et, au fil d'un scénario tiré au cordeau, il évoluait vers l'image qu'au contraire Clint se fait de lui-même. Contraste saisissant mais surtout prétexte à la réalisation d'une oeuvre personnelle, rare et proche de la perfection.
La démarche dans
Invitus est sensiblement différente puisque cette fois, il ne joue pas, il produit et réalise seulement. Alors que le faux débat sur l'identité nationale en France tombe en quenouille, le film nous montre Nelson Mandela, superbement interprété par Morgan Freeman, aux prises avec la création d'une nation multicolore en Afrique du Sud, en 1995. Et il a l'arme absolue sous la main, la coupe du monde rugby ! Ce sport, véritable symbole de l'apartheid, le Président a l'ambition d'y faire adhérer tout un peuple, dans son extrême diversité. Jusque dans les townships, les ghettos noirs, où il envoie l'équipe jouer avec des gamins en haillons, ce qui donne au film quelque-unes de ses plus belles images. Car c'est de réconciliation qu'il s'agit et si l'idée est simple, sa mise en oeuvre est fort complexe. Il faut voir la conviction qui anime le visionnaire quand il s'exprime devant son propre parti dont les militants ne rêvent que de revanche bien légitime. Mais Mandela voit plus loin, plus haut.
Il sait que l'Homme a besoin de symboles, soif de grandeur, envie de dépassement. Encore faut-il, parfois, lui montrer la voie. Mandela va s'y employer car il sait aussi que son but ne sera pleinement atteint qu'avec la victoire. Alors, oui, il va manipuler tout un peuple à travers sa relation avec un capitaine subjugué par le charisme d'un homme qui prône la réconciliation nationale après avoir passé trente années de sa vie dans une cellule dont la largeur se mesure en écartant les bras. Superbe scène dans la prison ! Sublime dialogue des anciens ennemis prenant le thé... Tout devrait les séparer et pourtant, un même sentiment les habite.
Un des grands plaisirs du film est plus simplement d'assister à la montée de la passion sportive chez Mandela lui-même. Au départ, il ne connaît pas le rugby, il ne l'apprécie pas vraiment, il fait son job. "C'est un calcul politique", lui reproche sa secrétaire. "Non, c'est un calcul humain", répond-il calmement. On le voit même traiter ses dossiers au stade pour ne pas perdre un temps forcément précieux, ne jetant que par intervalles, un oeil sur le tableau d'affichage. Et puis, progressivement, il va se prendre au jeu, se passionner, devenir la victime consentante de sa propre manipulation. On pense à Mitterrand, notre grand manipulateur à nous, à son courage politique calculé quand il a annoncé, juste avant l'élection décisive, qu'il abolirait la peine de mort. Le risque assumé fait partie du jeu.
Dans la dernière partie du film, on n'est pas seulement spectateurs des matchs, on a l'impression d'y participer tant la caméra est proche des joueurs. Lors de la finale des
Sprinboks contre les All Blacks, le film devient encore plus spectaculaire. Les entrées en mêlées sont fracassantes, les envolées sont lyriques, le public à l'intérieur et à l'extérieur du stade est omniprésent. C'est d'une violence et d'une exaltation folles. Une gigantesque communion laïque ! N'attendez pas que le film passe à la télé, allez le voir au cinéma. C'est du grand cinéma !
Certains critiques ont regretté ce qu'ils considèrent comme une manière naïve, pour Clint Eastwood, de montrer l'Histoire. Mais tel n'a jamais été son propos. C'est à la nature humaine que, de toute évidence et depuis toujours, le réalisateur de "
Play Misty for me" s'intéresse. Quand, en plein apartheid, le grand pianiste Sud-africain Abdullah Ibrahim (Dollar Brand) avait présenté son opéra-jazz retraçant l'histoire de l'asservissement de son peuple, quelques éminents critiques parisiens, entre deux passages à la machine à la café, avaient trouvé sa démarche "naïve". Tant mieux si celle de Clint Eastwood l'est aussi. La naïveté est une valeur qui mériterait d'être revalorisée.

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Published by Les naufrageurs - dans Cinéma
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commentaires

DDuret / BétéBorné 09/03/2010 09:49


J'ai pas vu Invictus, dans le milieu du rugby branché il est de bon ton de l'agonir, mais pour ma part je garde de la sympathie autant pour Harry, qui n'est pas primaire, que pour Broncobilly qui
fraye avec le primate !!!


Les naufrageurs 09/03/2010 15:25


Oui, ces personnages méritent aussi le détour. D'autant qu'ils aboutissent aux deux sommets de l'art d'Eastwood : "Impitoyable" et "Gran Torino". Celui-là, si vous ne
l'avez pas vu, précipitez-vous sur le DVD (c'est moins bien que le ciné, mais...). Le personnage de vieux grincheux au coeur tendre est superbe !
Il faudrait aussi ajouter que les détracteurs de "dirty Harry" ne parlent que du film de Don Siegel, le premier Harry, où le personnage n'était pas encore totalement en place. Ils oublient les
autres et notamment celui réalisé par Eastwood lui-même, "Le retour de l'inspecteur Harry" qui est excellent.
Bref, chez Eastwood, il n'y a rien à jeter ! On peut juste avoir des préférences...