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  • : LES NAUFRAGEURS DE SAINTONGE
  • LES NAUFRAGEURS DE SAINTONGE
  • : En mer comme dans l'air, l'amer est un point de repère. Ainsi, ce blog pourra indiquer une direction aux navigateurs perdus. Mais attention aux naufrageurs (qui ne sont pas tous des lumières) et qui agitent, sans… fard, leurs lanternes dans la nuit. Ici, aucun sujet n’est exclu a priori. On pourra parler politique, littérature, musique, sport, déconnade… mais aussi spécificités régionales — voire locales — ne surprenant personne dans ce coin de terre nommé Saintonge Maritime.
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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 09:12

billie.JPGOn commence donc l'année avec un conseil de lecture. Un roman. Un polar. Un Machefert. Le dernier. Depuis quelques années, quand il ne fait pas dans le "régional", cet auteur qui vit à Breuillet, commune saintongeaise bien calme pourtant, se plaît dans le "noir". Avec un bonheur certain. Il avait commencé avec Les amants du mort d'eau avant de poursuivre avec Le jour de foire est arrivé. Mais il n'avait pas encore touché à la musique...

C'est chose faite avec Royan Garden Blues, un opus qui pourrait être qualifié de polar-jazz si la catégorie existait. Son éditeur l'affirme en quatrième de couverture : "Le polar et le jazz, mauvais genres longtemps marginalisés, étaient décidément faits pour se rencontrer. Et Royan, la ville idéale comme décor à ce très beau texte." Vous l'avez compris, Machefert aime le jazz. Comme nous. Et comme nous, il fréquente les concerts, les festivals, les clubs... Comme nous, il vit en Pays royannais et ne rate donc aucun des concerts de Jazz in Vaux. Mais contrairement à nous, il y a vu (ou plutôt son enquêteur y a vu) Billie Holiday dans une longue robe de satin noir, la voix cassée, le gardénia sur l'oreille. Billie ou une drôle de nana qui tente d'imiter son idole.

Mais que cherche cette étrange et troublante créature ? Que cache-t-elle sous sa robe de satin ? Et surtout... quel rapport entretient-elle avec le "Monstre de la Côte", ce sinistre tueur au long cours ? Au passage, Jacques-Edmond Machefert retrouve le mythe la femme fatale qui hante tant de films et de romans noirs américains.

Les amateurs de jazz aimeront. Ils ont d'ailleurs droit à une petite discographie très sélective mais incontournable en fin d'ouvrage. Les amoureux de Lady Day en raffoleront tant leur diva est idéalisée. Les lecteurs de polars, eux, apprécieront la construction très élaborée de l'intrigue, l'étude psychologique de chaque personnage, et la montée progressive du suspense jusqu'à la jouissance finale. Un régal que les Naufrageurs de Saintonge vous recommandent chaudement.

Royan Garden Blues est en vente dans les meilleures librairies, 200 pages, 14 €

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 08:58
mao1Le bandeau rouge est sans équivoque, voici un polar. Il est un peu trompeur — comme bien souvent — le bandeau rouge cher à nos librairies ; mais il est néanmoins doublement justifié par son texte et surtout par sa couleur. "La danseuse de Mao" n'est pas seulement un roman policier, c'est une plongée dans un monde à la fois effrayant et passionnant, la Chine d'aujourd'hui, communiste et ultra-libérale, où le modernisme le plus échevelé côtoie le conservatisme et parfois même, le traditionalisme. En lisant ce livre, vous ne saurez rien de la condition pitoyable du paysan chinois qui crève dans les rizières, mais vous en apprendrez beaucoup sur la vie urbaine, à Shangai notamment, sur la misère du peuple de la rue et sur l'arrogance des "gros sous" qui en veulent toujours plus et qui étalent sans vergogne leur récente et nauséabonde réussite. La corruption est partout et la police aussi ce qui n'est pas loin de ressembler à un pléonasme.
Plus que de LA police, mieux vaudrait parler DES polices, tant les uns surveillent les autres comme dans toute bonne dictature qui se respecte. L'inspecteur Chen a reçu sa mission de très haut, un ministre. Et son enquête, il doit la mener discrètement, hors du service mais serré de près par d'autres flics qui n'attendent qu'un faux-pas pour employer la "manière forte". On ne nous précise jamais vraiment ce que serait cette manière forte, mais on s'en doute un peu... Chen, lui, utilise la diplomatie, à la chinoise. C'est un peu compliqué mais c'est efficace. Il faut dire que sa mission est délicate. Il doit retrouver des documents compromettants pour l'icône du régime, le président Mao que l'on n'en finit pas de trahir tout en le vénérant. On apprend ainsi que Mao, qui prônait une moralité sans faille, était un chaud lapin. À Shangai, il avait sa danseuse. Disparue ! Avait-elle transmis des documents à sa fille ? Morte ! laquelle les aurait remis à la petite fille, une beauté qui fréquente les milieux artistiques de la ville et qui, depuis peu, vit dans l'opulence. N'aurait-elle pas vendu les fameux documents flinguant l'image du grand timonier à des journalistes occidentaux avides de scandales à deux balles ? C'est en visitant, à Pékin, le tombeau de Mao que Chen comprendra à quel point l'attitude du maître de la Chine, à la fin de sa vie, était devenue impériale. Presque traditionnelle ! Il appréhendera du même coup la solution de son affaire.
Tout ceci baigne dans la culture chinoise avec de nombreuses allusions à l'Histoire, à la musique, à la peinture, à la littérature, à l'architecture... des références qui ne sont jamais pesantes, mais qui éclairent le récit. Les courts extraits des grandes oeuvres de la poésie chinoise sont savamment choisis et, le plus souvent, admirables.
La seule réticence éventuelle est peut-être une certaine difficulté, tout au début, avec les noms des personnages qui se ressemblent un peu (les noms, pas les personnages). On a parfois la même difficulté avec les romans classiques russes. Heureusement, ces personnages sont si typés, si minutieusement analysés qu'il devient impossible de s'y méprendre. Comme dans les bons films, les seconds rôles sont magnifiques. Et nombreux ! en Chine forcément... Et surtout, le rythme et le souffle imprimés par QUI Xialong est tel qu'il emporte tout jusqu'à une fin inattendue et somptueuse. "La danseuse de Mao" est un grand roman d'aujourd'hui.
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 10:32
...sans s'presser, pour sûr. C'est que... c'est pas n'importe qui, Zozo, ça vous pouvez nous croire. Un "chômeur éperdu", nous dit le titre du bouquin. Mais ce qu'il ne nous dit pas c'est que ce petit bonhomme rondouillard, chasseur aussi maladroit que professionnel, a tué un héron le jour de la signature des accords d'Évian en 1962, qu'il l'a fait empailler et l'a baptisé De Gaulle. Depuis, au village, sans prétention, Zozo a mauvaise réputation. Bertrand Redonnet, un admirateur de Brassens, nous emmène donc à la campagne, la vraie, la profonde, celle qui n'existe plus que dans la mémoire de quelques nostalgiques paysans. En ce temps-là, le chômage était plus choisi qu'imposé. Et Zozo avait clairement choisi ! Même si la société de l'époque — maire, garde-champêtre et président de la société de chasse en tête — s'efforçait de gâcher la vie de cet homme simple en le sortant de son heureuse marge, pour le ramener, de gré ou de force, au milieu de la triste page. Mais ce qu'ils ignoraient, les imbéciles, c'est que Zozo, il avait de la ressource. N'avait-il pas lu trois ouvrages de Maurice Genevois ? Action méritante s'il en fût car non seulement il avait de la culture, Zozo, mais il avait aussi des alliés : l'instit' et... le partageux. Il avait surtout un confident en l'éminente personne de Pinder, le goret christique. Sans oublier le vin rouge tirant sur le noir, infect mais toujours de bon conseil. Alors, quand ils ont voulu l'exclure de la battue aux sangliers, il leur a joué un tour à sa façon, Zozo...
Vous l'avez compris, "Zozo, chômeur éperdu" est incontournable. Ce récit publié chez l'excellent éditeur
Le temps qu'il fait est d'une méchanceté vivifiante en nos temps si consensuels, et Georges Monti, qui se trompe rarement dans ses choix, nous offre ici un plat qui pour être relevé n'en est pas moins succulent. Une centaine de pages seulement, mais qu'il convient de déguster avec la lenteur qui sied à tout mets rare et délicat ; cette farce provocatrice pourrait être "hénaurme", elle est d'une légèreté que seule la littérature, dans ses meilleurs moments, sait proposer à ses amoureux... éperdus. Votez Zozo !
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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 09:20
On apprend que notre Président, après une jeunesse de jeûne, est soudain pris d'une véritable fringale de lecture. Après avoir dévoré La princesse de Clèves, voilà qu'il vient de déguster les intégrales de Maupassant et de Sagan... On ne peut que l'en féliciter surtout en ce qui concerne Sagan à qui on doit une cinquantaine de romans pas tous exceptionnels. Cette passion toute neuve pour nos grands écrivains réjouit naturellement tous les citoyens, le temps passé à la lecture n'étant pas décompté de son temps de passage sur les écrans. On aimerait alors demander à ce lecteur impénitent ce qu'il pense de l'arrestation par la police judiciaire de Marseille et les forces de l'anti-terrorisme, de deux couples d'éditeurs soupçonnés de porter atteinte à la sûreté de l'État en participant à une manifestation de soutien à Julien Coupat.
L'affaire de Tarnac, on s'en souvient, elle nous avait bien fait rigoler avec les interventions de notre MAM nationale. Mais ce qui est moins drôle, c'est que l'on oublierait presque que Julien Coupat est détenu dans les geôles de la République depuis novembre 2008, soupçonné d’avoir jeté des traverses sur une voie de TGV. Selon le raisonnement bien simple (au Ministère de l'intérieur, on n'est pas compliqués...) que tout ami d'un "terroriste" présumé est un terroriste en puissance, on a donc embastillé et interrogé ces quatre éditeurs, avant de les relâcher hier, en leur rendant même leurs ordinateurs. On admirera au passage l'infinie clémence de nos forces de l'ordre. Mais on notera la similitude avec l’inculpation de ceux qui soutiennent les sans-papiers. C’est la solidarité qui devient un délit.
Un message du Matricule des Anges*, remarquable revue littéraire, fait bien ressortir ce qu'il y a de consternant et d'inquiétant dans ces arrestations d'intellectuels : "On riait de voir les musclés de l’anti-terrorisme s’effrayer du nombre de livres saisis chez Julien Coupat. Aujourd’hui, il semblerait que pour les forces de l’ordre, une bibliothèque soit à elle seule une preuve accablante de l’appartenance de son propriétaire à un réseau terroriste." Mais alors, notre Président, ce lecteur invétéré... ne risque-t-il pas d'être inquiété ?
La conclusion des Anges immatriculés nous ramène à la dure réalité : "Dans quel pays vivons-nous où les auteurs et les éditeurs sont assimilés à des terroristes dès lors que les idées qu'ils professent ne conviennent pas à quelques-uns ? (...) Dans quel pays vivrions-nous si nous ne réagissions pas à ça ?"

* Dans notre Saintonge maritime, on trouve la revue Le Matricule Des Anges à la Librairie Lignes d'horizons à Saujon, et à la Librairie du Rivage de Royan
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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 09:37
Vous n'y croyez pas ? et pourtant, ça existe bel et bien, le roman noir écolo. Même que l'on trouve chez Gallmeister éditeur, une collection dite noire qui fait plutôt dans le... vert, avec deux titres emblématiques du genre tout droit sortis de l'underground des années 70 : Le gang de la clef à molette et Le retour du gang de la clef à molette. Deux brulots (de plusieurs centaines de pages quand même) signés Edward Abbey qui inventent (oui, inventent) le terrorisme citoyen. La désobéissance civile, si vous préférez. Un régal d'humour noir, d'une méchanceté aussi contagieuse que réjouissante. L'Amérique s'en ramasse plein la gueule et on adore ça ! Mais reconnaissons-le, l'éditeur ne prend pas un très grand risque en rééditant ces monuments du polar déjanté. Néanmoins, si vous ne les avez pas encore lus, allez-y en toute confiance, la définition que donne le Nouvel Obs' du premier opus est parfaite : "une grenade dégoupillée".
Si deux oeuvres aussi emblématiques (et même fondatrices) sont présentes à juste titre dans la collection noire de Gallmeister, elles y côtoient celles d'auteurs nettement moins connus. Un seul exemple : vous connaissez William G. Tapply ? Non ? Vous avez de la chance, vous allez vous régaler. Deux de ses romans sont disponibles : Dérive sanglante et Casco Bay. Ils mettent en scène le même "héros", Stoney Calhoun, un type plutôt sympa, vivant reclus dans sa cabane au fond des bois, spécialiste de la pêche à la mouche, vendeur d'articles de pêche dans une petite boutique qu'il partage avec la belle Kate Balaban. La mémoire de Stoney a été effacée, à la manière d'un disque dur, à la suite d'un mystérieux accident. Mais chaque jour ou presque, il se découvre des talents ignorés. Des talents que son pote le shérif Dickman ne manque pas d'utiliser pour l'aider à résoudre les affaires criminelles dont il est chargé. N'a-t-il pas été flic dans une autre vie, l'ami Calhoun ? Allez savoir... Voilà un questionnement qui s'ajoute en permanence à ceux de l'enquête. Pour notre plus grand plaisir.
Mais là n'est sans doute pas l'essentiel. Ce qui nous touche le plus profondément dans ces deux romans, réside dans la sublime beauté des paysages marins de l'état du Maine, dans la communion des hommes avec la nature, les arbres, les eaux, les animaux, le chien de Stoney (un chien inoubliable, un beau personnage de roman), dans les relations amoureuses et amicales... Quelques cadavres jalonnent bien les deux romans de Tapply, mais ici, le décor prend une telle importance que le vert submerge le noir. C'est une grande bouffée d'air frais, de poésie, de sérénité. Une école de vie. On finit la lecture de ces excellents polars ivres d'oxygène et d'espaces encore vierges.

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 10:11
Vous avez remarqué comme les "salons du livre" fleurissent un peu partout à cette saison. Brive a fait école. Pour le meilleur et pour le pire. Mais dans l'ensemble, on ne peut que se féliciter de ces incitations à la lecture. Même si c'est, parfois (souvent ?) pour lire n'importe quoi. Le problème est en effet la motivation du public à visiter de telles manifestations. Les organisateurs, qui espèrent légitimement une bonne fréquentation de leur salon, ont naturellement tendance à inviter des "personnalités" plus que des écrivains. On vient "voir la bête" plutôt que découvrir son oeuvre (si oeuvre il y a) et on visite le salon comme un zoo. Au pas de charge !
Restons dans notre douce région de Poitou-Charentes, et intéressons-nous au dernier salon en date, celui de Saint-Jean-d'Angély, le week-end dernier. Là, on tente désespérément de singer les "vrais" salons. Invités prestigieux (Jean Échenoz, le père Gilbert, Alain Rey...), journalistes en manque de "ménages" (Bernard Pivot, Philippe Bertrand), belles maisons d'édition (Minuit, Le temps qu'il fait, Geste...), colloques aux noms ronflants. Il ne s'agit pas ici d'émettre la moindre critique sur des gens qui font, par ailleurs, parfaitement leur "travail". Nous dirons notamment le moment venu, tout le bien que nous pensons de l'émission de Philippe Bertrand (Carnets de campagne) sur France Inter. Non, ce qui est en cause, c'est juste l'étouffement que cet apport représente pour la culture régionale, car le non-lecteur peut sans complexe se pointer, il y a des photos à prendre, mais la littérature est fort diluée... À ce parisianisme ambiant et presque caricatural, tentent de se raccrocher quelques modestes maisons d'édition locales, des libraires, des auteurs. Le lectorat, lui, boude un peu, n'est pas vraiment au rendez-vous. Pas grave, les élus ont été photographiés avec les "people", aux frais du contribuable qui n'en finit pas de contribuer. N'est-ce pas l'essentiel ? On n'est pas encore au point du salon de La Rochelle qui n'est plus qu'une vulgaire Foire-exposition (entrée payante) où on vend (mal) des produite baptisés "livres" plutôt que des moissonneuses-batteuses, mais on s'en rapproche dangereusement. Tout ça évidemment par la faute de Ségolène Royal, qui, par définition, est la cause de tout ce qui va mal ici et ailleurs, maintenant et plus tard. 
Heureusement, il est possible de finir sur une note optimiste en évoquant les petits salons du livre qui, sans grand tapage médiatique, ne marchent pas si mal et remplissent parfaitement leur mission de relais entre les auteurs et leurs lecteurs. Citons au hasard, Chaniers, Chérac, La Tremblade et surtout Mortagne-sur-Gironde, une vraie fête populaire du livre qui ne pète pas plus haut que son cul et qui connaît tous les deux ans, un succès extraordinaire et mérité. 
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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 21:10
Et encore... quand on écrit fachos... on fait dans l'extrême modération ! Parce que l'Italie que nous présente Niccolo Ammaniti dans son très noir roman publié à la fin de l'année dernière chez Grasset et Fasquelle, "Comme Dieu le veut", c'est un lieu de résidence que l'on n'oserait souhaiter à son pire ennemi. Nous voici fort loin de la douane de mer si chère au plus médiatique de nos écrivains français, mais en compagnie de chômeurs depuis toujours en fin de droit, alcooliques, paumés, nazillons avec fureur en prime. Cette Italie-là est crasseuse, inculte, abrutie de grappa et de "berlus-conneries". Mais ne vous y trompez pas, il y a une France qui ne vaut et qui ne va pas mieux.
À sa sortie, on a présenté cette oeuvre comme un polar. Du coup, certains amateurs (intégristes) ont reproché à l'auteur de passer plus de temps à planter le décor et à décor...tiquer les personnages qu'à se consacrer à l'action. Celle-ci se fait en effet délicieusement attendre.
C'est pour mieux te croquer, mon enfant. Car lorsque le drame attendu depuis le début se produira, attendez-vous au pire. Il sera logique, implacable, abominable, inéluctable fruit de cette ambiance délétère mais aussi d'un faisceau (décidément...) de coïncidences. Auparavant, le lecteur aura connu tous les états psychologiques allant du dégoût à la compassion en passant par la colère, la révolte, le malaise... Il aura pleuré le lecteur, il aura ri (parfois honteusement...), il aura vociféré, il sera à bout, lessivé, prêt à subir l'estocade.
Car le talent de ce grand écrivain italien ne réside pas seulement dans la qualité de son écriture associée à une redoutable habileté de construction qui fait grimper l'angoisse au paroxysme. Avec ces qualités-là, il parvient à nous passionner, à nous faire prendre du plaisir... "On peut rire de tout, oui, mais pas avec n'importe qui", disait Pierre Desproges. Il en va de même avec le plaisir. Et là, ce diable d'Italien nous conduit au plaisir avec bien pire que "n'importe qui". Avec
la bête immonde dont le ventre est — semble-t-il — encore fécond ! Nous qui sommes si habitués au confortable "prêt-à-penser" littéraire, nous voilà bien ennuyés avec cet auteur qui pose sur l'horreur absolue un oeil dépourvu de tout jugement, nous abandonnant à notre écoeurement, à nos contradictions, à nos ambiguïtés. À notre honte.
Faites l'expérience de cette littérature sans concession qui ne laisse personne indemne. Et lorsqu'un fait divers atroce ensanglantera les colonnes de votre quotidien préféré, vous aurez un début de réponse aux sempiternelles questions de votre voisin : "mais comment des choses pareilles sont-elles possibles ? comment un être humain peut-il en arriver là ?"
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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 19:28
Nicolas sarkozy lit "Les mots" de Jean-Paul Sartre. C'était écrit comme ça, ce matin, dans le journal. Et ça fout un sacré coup ! Déjà... "Nicolas Sarkozy lit" aurait suffi à nous surprendre. Mais qu'il lise Jean-Sol Partre comme l'appelait ce pauvre Boris plutôt que le rapport de la cour des comptes, alors là, ça nous la coupe ! On n'est pas les seuls notez bien : Carla s'est bien demandée pourquoi il l'appelait "Castor".
Remarquez, on aurait dû se méfier. Il y a quelques mois, ses conseillers en communication nous avaient fait savoir qu'il avait lu
"Belle du Seigneur" et "Voyage au bout de la nuit", autres fleurons de notre littérature. Certes, Albert Cohen n'avait pas mérité pareille disgrâce, quant à Céline, c'est bien fait pour sa gueule de facho ! Décidément, si notre grand homme continue à ce rythme effréné, dans quelques millions d'années, après plusieurs glaciations, il découvrira Kafka, Jack London, Fred Vargas...  Beaucoup plus tard, sans doute, il accédera à la culture et pourra en parler sans dire trop de conneries.
Reste à savoir ce qu'il appelle "lire"... S'agit-il de notes de lecture réalisées par ses conseillers artistiques Johnny Hallyday, Mireille Mathieu et Doc Gynéco ou d'un extrait du
Reader's digest ? Parce que... "Belle du seigneur", c'est magnifique, mais c'est un peu long vers la fin. Peu importe, l'effort est louable et sera loué comme il le mérite. Et nous, tristes imbéciles, qui imaginions notre Président, le joystick à la main occupé à tuer des milliers d'ennemis de la patrie sur sa console de jeu relookée par Cartier. On est de mauvaise foi, il faut bien l'admettre. Voilà un homme qui lit ; qu'il en soit vénéré, admiré, sanctifié... Mais putain, pourquoi lui arrive-t-il de faire autre chose ?
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 10:09
C'est un très grand écrivain, Madame Fred Vargas. "Madame" parce que certains — même parmi les naufrageurs — croyaient encore, il y a peu, qu'il s'agissait d'un mec. "Madame" aussi parce qu'elle est archéologue, membre du CNRS, qu'elle défend Cesare Battisti, qu'elle a des idées bien arrêtées sur notre société... Et les exprime avec son talent d'écrivain. C'est ce qu'elle vient de faire dans un article récent que vous pourrez lire en cliquant sur le lien suivant : http://leruisseau.iguane.org/spip.php?article1407
Faut-il préciser que les naufrageurs apprécient particulièrement cette prose et les idées qu'elle véhicule ? Et puis, juste après, lisez ou relisez "Pars vite et reviens tard" (par exemple) ; vous ne direz plus jamais comme certains — pas parmi les naufrageurs, cette fois — que le roman policier est un genre mineur. Oui, c'est un très grand écrivain, Madame Fred Vargas
.

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